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Stranger Things : le revival réussi

Stranger Things : le revival réussi

Le marché de la nostalgie

Surfant sur la mode du revival, Netflix arrive avec ses gros sabots en proposant sa dernière série : Stranger things. Préparez-vous à un amoncellement de clins d'oeils insistants aux teen movies fantastiques des années 80, à l'utilisation massive de leurs codes et aux mêmes recettes de mises en scène...

... Mais vous savez quoi, ça fonctionne à merveille, et on ne va pas s'en plaindre !

Avant d'entrer dans le vif du sujet, faisons d'abord un petit détour du côté du pitch. Stranger things nous conte l'histoire d'une bande de 4 gamins frappée par la disparition mystérieuse d'un des leurs : Will Byers. Ce fait divers étonnant pour ce petit village paumé et sans histoire de l'Indiana va être le point de départ d'une série d'événements tragiques et improbables. De quoi relancer les soupçons qui pèsent sur cet étrange complexe gouvernemental planté dans la dense forêt, non loin du village. Autour de cet enlèvement gravitent divers protagonistes qui révèleront, à leur insu, la source de tous les récents malheurs et son improbable identité.

Autant vous prévenir tout de suite, Stranger things ne cache pas son inspiration et se joue des clins d'oeil aux scènes cultes des films de Steven Spielberg, Rob Reiner et aux références à Stephen King. Mais le format série, permet de mieux distiller une ambiance fantastique et inquiétante et apporte une dose de maturité dans le ton. Les personnages sont mieux détaillés et chaque épisode prend le temps de décortiquer les spécificités de ses protagonistes et des lieux principaux.

Stranger things : retour vers le passé

? des gamins, des vélos, des événements étrange... ça ne vous rappelle rien ?

Alors certes, la nostalgie est un prétexte pour Stranger things, cependant, le série s'en affranchi rapidement pour prendre à bras le corps sa propre histoire et créer elle-même ses scènes qui deviendront cultes à leur tour.

Le freak Show et les clichés

Stranger things c'est avant tout une ôde à la différence. Les 4 gamins de l'histoire, on le comprend vite, ne rentrent pas dans le moule, ils sont même constamment brutalisés par deux caïds à cause de leur différence physique, mais aussi leur différence de comportement. Dustin est frappé d'une maladie qui le prive de ses dents du haut et affecte sa façon de parler; Mike, le personnage central de la bande, a une "tête de rat", Will, celui qui va disparaître est accusé d'être une "tapette" quand Lucas a la seule particularité d'être... noir. Oui c'est limite, mais à priori ici, cette différence suffit à le mettre de côté.

Des "gueules" il y en a partout dans Stranger Things, le casting a bien été mené sur cet aspect. Outre les 4 gamins (en particulier Dustin et Mike), on notera bien entendu Eleven, la fille mystérieuse au crâne rasé; Joyce la mère de Will, campée par une Winnona Rider méconnaissable; son aîné, Jonathan et frère de Will. Il en va de même pour le beau-gosse du coin Steve et sa tronche d'Elvis Preysley : menton saillant et proéminent, coupe de cheveux relevée et triomphante. Idem pour Barbara, la meilleure amie de Nancy (la sœur de Mike), peu desservie, il est vrai, par son style vestimentaire. Et bien entendu, le professeur Brenner et sa tonsure blanche permanentée.

Stranger things : de sacré gueules

? De sacré gueules, ici : Lucas, Dustin, Mike et Eleven (aka Elfe)

Tout ceci nous offre une sacrée foire aux monstres qui sert parfaitement l'ambiance de la série et s'inscrit dans cette atmosphère étrange et décalée. Pour autant, tous les protagonistes illustrent une certaine normalité et se veulent être des clichés. Clichés d'une époque, clichés issus des références aux films du genre (les Goonies, Stand By Me, E.T, retour vers le futur etc...).

On pourra reprocher à la série de forcer les traits de ses personnages et des événements pour les faire entrer dans l'archétype de ce qui se produisait dans les productions de Spielberg et compagnie dans les années 80. Outre le décor des résidences aisées des suburbs et les bandes de gamins en vélo, on notera les rôles familiers du flic zélé faisant face aux complots du gouvernement et aidant les jeunes héros. Idem pour le méchant professeur, sans morale, prêt à tout pour aller à ses fins; Le caïd au cœur tendre et le rôle des familles...

Parlons-en des familles. Ici il y en a 3 différentes : la famille modèle, avec des parents qui ne s'aiment pas, mais cohabitent très bien dans une résidence immense et tout confort. La mère toute puissante, le père présent et pourtant totalement inutile. Ceux-là possèdent la sainte trinité infantile : une ado, un pré-ado et une fillette, copie conforme des visages d'anges des séries de l'époque. Nous avons ensuite la famille mono parentale, vivant de préférence dans une vieille maison délabrée perdues aux abords de la forêt. La mère élève tant bien que mal ses 2 enfants, passant plus de temps au travail pour gagner un salaire de misère, qu'à être auprès de sa famille. Le père est là aussi absent, physiquement et moralement. Et la troisième famille : celle que l'on ne voit pas. Que l'on imagine tout simplement. La famille des autres enfants de la bande.

Une galerie familière certes, mais qui sera agrémentée de quelques variables d'ajustement pour ne pas aller trop dans le cliché. De ce fait, les événements n'iront pas forcément dans le sens que l'on imagine, la série se veut être une inspiration, pas un copier/coller. Il est primordial de ne pas trop spoiler car certains surprises sont à attendre.

Stranger things s'accapare les recettes d'antan pour poser ses bases et mettre le spectateur averti dans un univers familier.

Ha si, juste un spoil quand même : il y aura une saison 2. Le dernier épisode de cette première saison intègre suffisamment d'éléments pour s'en persuader.

Les recettes du succès

Stranger things s'accapare les recettes d'antan pour poser ses bases et mettre le spectateur averti dans un univers familier. Pour autant, la série ne s'adresse pas seulement aux nostalgiques de la génération 80, elle ajoute un coup de jeune qui n'est pas sans déplaire et en particulier avec un soupçon de maturité qui se voit dans le traitement des événements. Par exemple, la mort est bien présente, présentée crument lors de l'épisode 7 (pas de spoil promis). Idem pour les scènes d'expériences tentées avec Eleven. Surtout, le ton se veut moins léger lorsque la chose à l'origine de l'enlèvement de Will fait ses apparitions. Et au final, le happy end n'est pas si angélique que ça...

On ne pourra qu'apprécier aussi le rôle de la caméra, sorte de narrateur précis mais taiseux : il faudra bien scruter chaque élément qu'elle filme car vous pourriez y découvrir des indices sur tel personnage ou tel événement. Stanger Things est pour cela aussi à l'image de ses références, la revoir une seconde fois offre un nouveau plaisir. Vous savez ce petit plaisir qui nous permet, fort de connaître la fin, de détailler tous les plans et d'en découvrir les références cachées. Détecter tous les indices posés dans les recoins d'une pièce, qui nous semblent alors si évident.

La série ne serait rien sans ses acteurs. Dans Stranger things, non seulement tous les protagonistes ont un physique marquant mais ils jouent parfaitement leur rôle. Mention spéciale pour la jeune fille qui joue Eleven (Millie Brown). Ses lignes de dialogues sont rares, elle doit faire passer ses émotions avec peu de mots, juste ses expressions. Exercice que l'on imagine délicat, surtout pour une si jeune actrice. Pourtant elle semble à l'aise et transmet parfaitement ses accès de terreur, de méfiance et de défiance ou encore de colère. Les autres enfants, en particulier Mike et Will tirent leur épingle du jeu.

Les ados de la série ne sont pas en reste. Steve qui campe le rôle du beau gosse un peu sot, campe bien son personnage qui s'annonce moins binaire qu'on pourrait le croire. Nancy la sœur de Mike est parfaite en élève modèle qui s'émancipe et s'affirme face à sa famille et les mâles qui l'entourent. Jim Hopper, le flic rongé par la disparition tragique de sa fille se révèle aussi, passant dans les premières scènes d'un personnage paumé et simplet à un homme torturé et décidé à aller au bout de son enquête. Le dernier épisode promet d'en faire un personnage encore plus complexe.

On ne peut pas parler de tous ceux-là sans s'attarder sur Winonna Ryder. Si l'on reconnait bien son nom dans le générique, difficile de l'identifier dans la série tant elle campe un personnage à contre-emploi. Winnona Ryder est Joyce, la mère de Will et Jonathan, femme submergée par un travail qui ne lui rapporte rien, habitant une maison délabrée aux confins de la forêt, et obligée de gérer du mieux qu'elle peut ses deux enfants. Affectée par la disparition de son fils, elle n'aura de cesse de se battre contre son ex-mari et tous les protagonistes campés dans une réalité qui n'est pas la sienne. Face à l'absurde de la situation, elle n'abandonnera pas ses convictions de revoir son fils. Un rôle étonnant, certes, mais qui n'enlève rien à sa prestation globale.

Stranger things : Winnona Ryder méconnaissable

? Winnona Ryder méconnaissable dans son rôle de mère débordée et accablée

Dernier aspect appréciable de la série : sa bande originale. L'occasion de se replonger dans quelques classiques, de Toto au Clash en passant par Joy Division et bien sûr New Order. Sans oublier le générique et sa petite bande son inquiétante à souhait. Pour info, ce générique a été composé par le groupe SURVIVE (inconnu au bataillon j'avoue). Vous trouverez leurs références sur Spotify Ils comptent un seul album et quelques maxis. Je vous laisse découvrir.

Vous l'aurez compris, Stranger Things est une série de qualité, tant dans sa mise en scène que dans la performance des acteurs. Y seront réfractaires les spectateurs peu en phase avec le fantastique un tantinet flippant et le revival. Pour les autres c'est un petit bonheur qui se déguste car les 8 épisodes sont vite engouffrés. Stranger things, surtout, réussi là où des films comme Super 8 ont échoué, à savoir redonner un supplément d'âme par rapports aux références qui les inspire. Personnellement j'ai été totalement transporté par Stranger Things et je compte bien la regarder une nouvelle fois !

Pour terminer, voici le générique de Stranger Things. Simple car la bande son résume à elle seule tout ce qui fait cette série.

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